Eau du massif du Djurdjura

Le Djurdjura : un immense réservoir d’eau souterraine

Le Djurdjura : un gigantesque réservoir aquifère naturel de plusieurs milliards de mètres cubes

Le massif du Djurdjura pourrait abriter l’une des plus importantes réserves d’eau souterraine d’Algérie, voire d’Afrique du Nord. C’est l’hypothèse développée par le Dr Abdelkader Saadallah dans sa présentation intitulée « Djurdjura Réservoir Aquifère de Plusieurs Milliards de m³ ».

À travers une analyse géologique, structurale et hydrogéologique approfondie, cette étude met en évidence l’existence probable d’un immense réservoir aquifère profond, alimenté chaque année par les précipitations et les neiges du massif du Djurdjura.

Un massif montagneux favorable au stockage de l’eau

Le Djurdjura est une chaîne calcaire située dans le nord de l’Algérie, caractérisée par des reliefs importants et une géologie particulièrement favorable à l’infiltration de l’eau. Une grande partie du massif reste enneigée plusieurs mois par an, ce qui contribue à une recharge naturelle régulière des nappes souterraines.

Les formations calcaires et karstiques jouent un rôle essentiel dans ce processus. Grâce à leurs fissures, cavités et gouffres profonds, ces roches permettent à l’eau de pluie et de fonte des neiges de pénétrer profondément dans le sous-sol.

Selon la présentation, certains gouffres dépasseraient un kilomètre de profondeur, renforçant l’hypothèse d’un système aquifère particulièrement vaste et complexe.

Une structure géologique exceptionnelle

L’étude s’appuie sur plusieurs cartes géologiques et coupes structurales réalisées par le Dr Saadallah en 2017. Ces travaux montrent que la chaîne calcaire du Djurdjura possède une architecture tectonique particulière appelée « flower structure » ou structure en éventail.

Cette structure géologique s’enracinerait entre 5 et 10 kilomètres de profondeur. Les analyses indiquent également que l’axe principal du massif plonge vers l’ouest, où la chaîne disparaît progressivement sous une couverture molassique post-tectonique datant de l’Éocène, de l’Oligocène et du Miocène.

Cette configuration laisse penser que le massif pourrait renfermer d’importants volumes d’eau stockés dans les profondeurs des formations calcaires.

Comment les réserves ont-elles été estimées ?

Pour estimer les volumes potentiels d’eau, la présentation utilise une approche volumétrique basée sur des cubes théoriques de 5 kilomètres de côté. Chaque cube représente un volume total de :

5×5×5=125 km35\times5\times5 = 125\ \text{km}^35×5×5=125 km3

Les carbonates karstiques peuvent présenter des porosités très élevées, parfois jusqu’à 33 % dans les systèmes les plus fracturés. Cependant, pour rester prudent, l’étude retient une porosité moyenne de seulement 5 % afin d’estimer les réserves réellement exploitables.

Le calcul donne alors :

0.05×125=6.25 km30.05\times125 = 6.25\ \text{km}^30.05×125=6.25 km3

Cela correspond à environ 6 milliards de mètres cubes d’eau par cube géologique de 5 km de côté.

Or, selon les estimations présentées, le massif pourrait contenir plus de dix cubes équivalents. Les réserves totales pourraient donc atteindre :

10×6=60 milliards de m310\times6 = 60\ \text{milliards de m}^310×6=60 milliards de m3

Une réserve comparable aux plus grands barrages du monde

Pour illustrer l’ampleur de cette estimation, la présentation rappelle que le plus grand barrage d’Algérie stocke moins d’un milliard de mètres cubes d’eau. À titre de comparaison, le célèbre barrage des Trois-Gorges en Chine possède une capacité d’environ 40 milliards de mètres cubes.

Si les hypothèses avancées se confirment, le réservoir naturel du Djurdjura pourrait donc contenir un volume d’eau supérieur à celui des plus grands ouvrages hydrauliques mondiaux.

Un enjeu stratégique pour l’avenir

Dans un contexte de stress hydrique croissant et de changement climatique, la découverte et la valorisation de ressources souterraines profondes pourraient représenter un enjeu majeur pour l’Algérie.

Le Djurdjura pourrait constituer une réserve stratégique capable d’assurer une partie des besoins futurs en eau potable, en agriculture et en industrie. Toutefois, des études complémentaires seraient nécessaires pour confirmer précisément les volumes exploitables, la qualité de l’eau, les capacités de recharge et les impacts environnementaux d’une éventuelle exploitation.

Cette présentation ouvre ainsi des perspectives importantes sur le potentiel hydrogéologique encore largement méconnu du massif du Djurdjura.